Jamal Alioui : « Je me suis vraiment épanoui en Italie »

Ancien défenseur international marocain, formé à l’Olympique Lyonnais, Jamal Alioui est passé par l’Italie, et notamment la Serie B, au cours de sa riche carrière. Une période qui l’a lancé dans le monde professionnel.

Par Michaël Klawinski – Twitter: @QuasiKavinsky

Jamal, vous êtes retraité des terrains depuis 2016. Malgré tout, à 36 ans, avez-vous conservé un pied dans le foot ?

Oui je passe actuellement mes diplômes d’entraîneur. Je suis en attente pour le BEPF qui me permettrait de coacher en Ligue 1. J’interviens également sur la chaîne de télévision de l’Olympique Lyonnais, en particulier lors des après-matchs. Sinon, je vis ma vie de retraité tranquillement (sourire).

En 2003, à votre sortie du centre de formation de l’OL, vous aviez signé à Pérouse, alors en Serie A. Comment vous étiez-vous retrouvé là-bas ?

J’avais refusé de prolonger à Lyon car rien ne me garantissait un avenir en Ligue 1. A l’époque, j’étais international espoir marocain et pour moi, la Serie A était le meilleur championnat du monde. Pour un défenseur, c’est là-bas qu’on apprenait les bases tactiques. Donc ça n’a pas été difficile de me convaincre. Cette année-là, mon partenaire à Lyon, Gaël Genevier, avait également rejoint Pérouse juste après mon arrivée.

Jamal Alioui (Perugia)
Autocollant Panini de Jamal Alioui à Perugia saison 2003-2004.

A l’époque, Pérouse était vu comme un club assez particulier avec la famille Gaucci à sa tête…

Oui mais l’ambiance était vraiment bonne. D’ailleurs, je suis toujours en contact avec Alessandro Gaucci (le fils du président Luciano qui était directeur sportif)… C’est surtout la faillite du club en 2005 qui a été difficile à vivre. Nous devions remonter en Serie A et finalement, ça ne s’est pas fait à cause des soucis financiers… Mais j’avais fait le bon choix en allant là-bas. J’ai remporté la Coupe Intertoto. Je suis devenu international A avec le Maroc, à cette époque. C’est vrai que j’ai commis quelques erreurs et ma relation avec Serse Cosmi (le coach) a été compliquée. Mais c’est lui qui m’a permis de démarrer en Serie A…

« Aucun joueur ne m’a jamais impressionné »

D’où votre prêt à Catane, en Serie B, au bout de six mois ?

Effectivement. A Catane, j’ai connu Stefano Colantuono (aujourd’hui entraîneur de la Salernitana) avec qui j’ai beaucoup travaillé sur le plan tactique bien sûr, mais humainement aussi. J’ai beaucoup de respect pour lui, même si nous avions deux forts caractères et que nous étions un peu comme chien et chat (rires). Mais Colantuono était un vrai entraîneur. Cosmi beaucoup plus un showman.

Quel souvenir le plus marquant gardez-vous de votre passage en Serie A ?

D’avoir joué contre des Maldini, des Costacurta qui étaient de vrais monstres. J’ai pu défendre sur des attaquants comme Chiesa ou Adriano… Je me suis vraiment épanoui en Italie. Ç’a été une erreur de ma part de quitter ce pays et ce football (en 2007, après une dernière saison à Crotone). Mais avec la crise financière, ça devenait vraiment compliqué. A Pérouse, on n’a pas été payé pendant plusieurs mois et à Crotone, certaines promesses n’avaient pas été tenues… Malgré tout, ces clubs ont contribué à mon bien-être et je les en remercie. Vivre en Italie a été plus qu’enrichissant pour moi.

GrifOvunque - Fotogrifo 2003-2004
Squadra del Perugia Calcio stagione 2003-2004.

A Pérouse, y a-t-il un joueur qui vous a plus impressionné qu’un autre ?

Aucun joueur ne m’a jamais impressionné (sourire). Peut-être Zé Maria (l’homme du couloir droit du Perugia Calcio) qui avait une énergie incroyable et qui m’a pris sous son aile lorsque je suis arrivé et que je ne parlais pas un mot d’italien. Giovanni Tedesco était aussi un vrai capitaine, un guerrier sur le terrain et il faisait tout pour transmettre cet état d’esprit à l’équipe. Humainement, il y avait beaucoup de très bons mecs comme Eusebio Di Francesco (l’actuel coach de la Roma), Fabrizio Ravanelli ou Ferdinand Coly avec qui je pouvais parler français.

L’effectif de Pérouse, c’était aussi une multitude de nationalités et de cultures différentes. Pouvait-on parler de force ?

Un tel mélange est évidemment bénéfique. Dans le football, tout le monde n’est pas forcément bac+6 mais dans ce genre de cas, tu apprends beaucoup. Notamment au niveau des langues. C’est grâce au foot que j’en maitrise plusieurs aujourd’hui. Je parle italien, espagnol. J’ai appris le portugais avec Zé Maria et même quelques mots de dialecte malien avec Souleymane Diamoutene (défenseur à Pérouse en 2003-2004). C’est une richesse et ça collait bien avec l’image très cosmopolite de la ville.

« En Serie A, il y a des techniciens bien supérieurs à Cosmi »

Juste avant, vous disiez de Serse Cosmi qu’il était surtout un showman. Néanmoins, que vous a-t-il apporté ?

C’est à Pérouse que j’ai grandi tactiquement. C’est une certitude. Quand je suis retourné en Ligue 1 à Metz (en 2005-2006), je n’avais jamais l’impression d’être en difficulté face à mes adversaires. Avec Alessandro Gaucci, Cosmi a déniché beaucoup de talents. On ne peut pas le lui enlever. Il a sorti des joueurs comme Fabio Grosso, Liverani, Ahn et j’en passe. C’est un passionné vraiment. Il connaissait parfaitement ses joueurs et savait se faire aimer. Mais, honnêtement en Serie A, il y a des techniciens bien supérieurs à lui. Un entraîneur comme Gasperini que j’ai connu à Crotone avec son 3-4-3 est au-dessus.

En 2004, Pérouse descendait en Serie B et rate la remontée directe à cause de ses problèmes économiques. Qu’avez-vous retenu de cette saison dans l’antichambre ?

Contrairement à l’année de la relégation (même si lui a vécu les six derniers mois à Catane), il y avait une pression positive. La Serie B était sûrement la meilleure deuxième division d’Europe et il y avait de sacrés cracks ! Stefano Colantuono avait pris place sur le banc à Pérouse et on avait un effectif digne de la Serie A avec Gennaro Delvecchio, Guglielmo Stendardo qui était en concurrence avec moi en défense, Davide Baiocco ou encore Fabrizio Ravanelli qui était revenu dans sa ville à 36 ans et qui était toujours un grand pro et un énorme bosseur. Le fait de ne pas monter a été une immense déception… Sans ces problèmes financiers, je pense que je ne serais pas parti de Pérouse. D’ailleurs, le club voulait me prolonger mais avec les salaires impayés, ça devenait trop compliqué… Aujourd’hui, je suis encore les résultats. Ce club, cette ville mériteraient de retrouver la Serie A. Comme partout en Italie, il y a une vraie base de supporters. De vrais passionnés et rien que pour eux… Pérouse a vraiment sa place plus haut.

« Dans le couloir du stade à Crotone, il y a une photo de moi »

Jamal Alioui (Football Club Crotone Calcio 1956 s.r.l.)
Autocollant Panini de Jamal Alioui à Crotone saison 2006-2007.

Après Pérouse, vous débarquez à Crotone toujours en Serie B…

Mais là aussi, j’ai eu des problèmes de salaires… Et je ne pouvais plus me permettre de ne pas être payé. Mais j’ai toujours joué là-bas. Je n’étais pas du genre à accepter d’être remplaçant (sourire). Ca a été très facile de s’attacher aux gens. Entre le nord et le sud de l’Italie, il y a beaucoup de différences. J’ai gardé beaucoup d’amis à Crotone. Des personnes sincères et souvent extérieures au terrain. Lorsque nous jouions le samedi, le dimanche j’allais pêcher avec eux. Je suis retourné à Crotone, il y a peu et j’ai été super bien accueilli. J’ai assisté à un match de préparation et mon fils a pu aller sur la pelouse à la mi-temps. Dans les couloirs du stade (Ezio Scida), il y a même une photo de moi !

Le fait de voir le club en Serie A pendant deux saisons (de 2016 à 2018) a dû vous faire un sacré pincement au cœur ?

Je me suis surtout dit que je suis arrivé là-bas trop tôt (rires) ! Mais j’étais content car il y a un véritable engouement. Crotone c’est le sud du sud de l’Italie. Les gens se sentent isolés. Il n’y a pas de train pour s’y rendre. Il n’y a plus d’aéroport et les clubs du sud se font rare… Avant, il y avait la Reggina, la Salernitana, Bari, Lecce en Serie A, sans oublier les clubs siciliens, Messine, Catane, Palerme. Aujourd’hui ce n’est pas évident…

Finalement, quand vous vous retournez sur votre carrière, quelle place a l’Italie ?

La première ! On m’y a donné ma chance et j’ai tellement appris… En termes de clubs, si je devais choisir entre Pérouse et Crotone, je choisirais Pérouse… A la fin des matchs, j’étais fatigué physiquement mais mentalement aussi car il fallait rester concentré jusqu’au coup de sifflet final. Une demi-erreur et derrière, tu avais 95% de chances de prendre un but. Surtout face à des attaquants comme Inzaghi… Lui en plus, à chaque fois qu’il marquait, on avait l’impression que c’était le premier but de sa carrière (sourire) et je ne voulais pas le voir célébrer contre moi.

Est-ce qu’on pourrait vous imaginer devenir, un jour, entraîneur de l’autre côté des Alpes ?

Ce serait le rêve ! On m’a tant donné que j’aimerais transmettre tout cela maintenant. C’est dans mon éducation et le terrain me manque tous les jours. J’ai dû arrêter ma carrière car j’ai été opéré de la hanche. Ce n’est pas un choix, c’est ma santé qui m’y a obligé. A mon niveau, j’essaie de conseiller des jeunes. J’ai fait des erreurs dans ma carrière, j’en suis très conscient. Donc je ne suis personne pour faire la morale aux autres. Je n’étais pas un tendre. Aujourd’hui, je joue encore un peu en section « foot entreprise » avec d’anciens Lyonnais comme Sydney Govou ou Patrice Ouerdi, pour garder la forme et pour le plaisir. J’ai aussi mon fils de neuf ans qui s’est mis au foot de lui-même à La Duchère… et je crois que c’est un futur défenseur (rires).

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :