Alessandro Nesta : tel joueur, tel entraîneur ?

Passer de légende balle au pied à stratège respecté n’est jamais aisé. Les exemples sont nombreux. « Fuoriclasse » de sa génération, Alessandro Nesta garde le bénéfice du doute, sa toute jeune casquette de coach vissée sur la tête. Les débuts sont plutôt encourageants.

Pour tout amateur de football des années 90-2000, Alessandro Nesta c’était la classe. La classe ultime même. Un défenseur aussi efficace qu’élégant. Le bonhomme en imposait. Tant à la Lazio qu’au Milan ou en sélection, il a laissé une trace indélébile. Forcément, la sérénité et le charisme qu’il dégageait devant ses 16 mètres devaient l’emmener vers une carrière de tacticien. Sa science du jeu également. Pourtant, c’est presque comme un cheveu sur la soupe qu’il débarquait, le 14 mai 2018, sur le banc de Pérouse. Après deux saisons d’apprentissage en ligue mineure américaine, du côté du Miami FC, le champion du monde 2006 arrivait en Ombrie, contre toute attente, pour remplacer Roberto Breda… qui avait envoyé le Perugia Calcio en playoffs de Serie B. Ou comment priver de cadeaux, un enfant, à deux jours de Noël ? Breda se voyait retirer son bébé à l’aube de l’ultime journée de la saison régulière et surtout du début des phases finales. Cruel ? Oui. Avec le recul, le parfois fantasque président perugino, Massimiliano Santopadre, admettait que son « geste envers Breda était peut-être malhonnête, car l’homme ne méritait pas cela. » Quant à l’effet Nesta, il se soldait par deux défaites d’entrée et une sortie expéditive (3-0 contre Venise) du tableau final.

Un bosseur invétéré

Il a donc fallu patienter pour mesurer l’impact de l’ancien Laziale chez les Grifoni. Une saison entière. Celle qui vient de s’écouler. Celle qui avait été qualifiée « d’année zéro » par les dirigeants du club, tant une phase de reconstruction était nécessaire. « La fin d’un cycle » assumée pleinement par Santopadre durant l’été 2018. Bref, Nesta avait carte blanche ou presque. Excepté celle du maintien, il ne vivrait pas son véritable baptême du feu avec une pression monstre sur les épaules. Bien que tout Pérouse attende un retour dans l’élite depuis près de 15 ans… Peu importe. Toute qualification en playoffs relèverait du miracle. Et miracle, il y a eu avec la défection de Palerme qui propulsait à la dernière minute, le Perugia Calcio (8e, 14 victoires, 8 nuls, 14 défaites, 49 buts inscrits et autant encaissés) à la table des grands. Mais une fois encore, le club du centre de l’Italie n’avait pas attaqué les hors-d’œuvre qu’il fallait déjà laisser la place, sèchement éliminé par l’Hellas Vérone (4-1)…

« Pérouse, une expérience incroyable »

Les résultats, c’est une chose. Peut-être le premier chef d’inculpation au moment de faire le « procès » ou plutôt le bilan de l’ère Nesta. Assez peu transcendante a priori. Si l’on prend plus de hauteur, le constat et les discours, ça et là, divergent. Dans l’une de ses chroniques, le journaliste d’Umbria 24, Enzo Beretta, dresse un portrait élogieux de l’ex-défenseur : « Médiatiquement, Nesta est très fort. Il a fait des erreurs, c’est vrai, mais il n’a jamais crée d’attentes trop importantes chez les supporters. Il a dû composer avec un effectif très remanié. Plus d’une vingtaine d’arrivées. Trouver une alchimie et imposer sa patte. C’est aussi un travailleur silencieux, toujours le premier arrivé, le matin, à Pian di Massiano (le centre d’entraînement biancorosso) et le dernier à repartir, le soir. Il s’est dévoué corps et âme à son équipe, toute la saison durant. » Il n’hésite pas non plus à dire du coach de 43 ans : « C’est un « fuoriclasse » en termes d’humilité. »

S’il demeure novice en la matière, Alessandro Nesta a su inculquer quelques principes à sa formation, cette saison. Celui qui a pour modèles, Zeman (pour l’aspect offensif évidemment), Eriksson ou Ancelotti a insufflé des notions d’agressivité et de détermination à son groupe. « L’équipe doit toujours être présente sur le terrain. Il faut être combatif et mettre de l’intensité, sinon on ne va nulle part », louait-il à « La Nazione » en septembre dernier. Son choix d’évoluer à trois derrière a également intrigué… Lui qui a été biberonné à la défense à quatre. « Il faut savoir s’adapter pour pouvoir tirer le meilleur de son effectif », justifiait-il. Et si, au final, l’exercice 2018-2019 s’est avéré sans grand relief, certains joueurs ont progressé et pris la lumière sous sa coupe. Le milieu Valerio Verre (25 ans, 12 buts) en tête ou encore l’attaquant Luca Vido (22 ans, 10 réalisations), mais pas seulement. Nesta, lui-même, a mûri. Le jour de l’annonce de son départ, il confiait sur son compte Instagram : « J’en termine avec une expérience incroyable qui m’a permis de grandir. L’année a été épuisante avec des moments exaltants et d’autres moins, mais tellement intense, positive et constructive. » Et immédiatement, il a rebondi.

A peine le chapitre biancorosso achevé, Frosinone a sauté sur l’occasion pour l’engager deux saisons. Abonné à l’ascenseur entre Serie A et B depuis 2014, le club du Latium a misé sur lui pour tenter la remontée directe. Perugia pour s’étalonner. Frosinone pour confirmer ? Certains de ses compagnons du Mondial 2006 ont déjà percé dans l’élite (Gattuso, Pippo Inzaghi, voire Grosso qui a entraîné en Serie B). Coïncidence ou pas, Massimo Oddo, également sacré avec la Squadra Azzurra, le remplacera en Ombrie. L’avenir, lui, dira si la légende Alessandro Nesta s’écrira aussi en bord de touche. Laissons le temps au temps…

Michaël KLAWINSKI.

Un commentaire sur “Alessandro Nesta : tel joueur, tel entraîneur ?

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :