Serse Cosmi à Pérouse : le retour de l’homme providentiel ?

Avec lui sur le banc, le Perugia Calcio a écrit l’un des plus beaux chapitres de son histoire entre 2000 et 2004. Accueilli en quasi héros par la « tifoseria perugina », Serse Cosmi a ressorti du placard sa casquette biancorossa pour guider ce club qu’il connaît si bien. Et qui sait…

Paraît-il qu’il ne faut jamais se rabibocher avec son ex. Un cliché dont le football italien se passe allègrement depuis des années. Surtout lorsqu’on évoque la valse des entraîneurs qui sévit chaque saison dans le calcio. En Serie B comme en Serie A, il n’est pas rare de voir revenir sur la touche, un technicien qui a opéré jadis dans le même club. Quelques années, quelques mois voire quelques jours après son éviction. Dans ce cas précis, le Perugia Calcio a attendu 15 ans et demi pour imaginer rappeler Serse Cosmi au chevet de son équipe première. Une éternité. L’homme n’est pourtant pas n’importe qui en Ombrie.

Dans un nuage de romantisme

Né à Ponte San Giovanni dans les faubourgs de… Pérouse, le coach au caractère bien trempé et au crâne toujours couvert a renoué avec les travées du stade Renato Curi, le 4 janvier dernier, date de l’annonce par le club de son intronisation en lieu et place de Massimo Oddo. Le lendemain, Serse Cosmi démarrait sa journée par un bain de foule avec les supporters, suivi d’une conférence de presse d’un peu plus d’une heure. Pour situer ou resituer le bonhomme dans le contexte perugino. Tout sauf anodin. Comme les mots utilisés par le président Santopadre lors de la présentation de son nouvel entraîneur : « chez lui », « histoire », « personnage », « enthousiasme. » Un souvenir difficilement périssable pour le « Mister » qui avait ramené les Grifoni en Coupe d’Europe (l’Intertoto remportée en 2003-2004 puis l’UEFA) et martyrisé certains cadors de l’élite, trois saisons durant, avec son inaltérable 3-5-2. Demandez au Milan AC. Il est également le dernier à avoir dirigé le Perugia Calcio en Serie A, lors de la saison 2003-2004, avant la dégringolade du club. Quatre exercices consécutifs, un exploit sous la présidence du volcanique Luciano Gaucci et une plaie qui a tranquillement cicatrisé pendant plus d’une décennie pour Cosmi.

Alors oui, une telle nouvelle a dû en chambouler quelques-uns, réveiller certains fantasmes comme celui d’un retour fracassant au premier échelon du football italien et tout le « revival » qui pourrait aller avec. L’évidence même. Au beau milieu d’un parcours pour l’instant assez fade, Pérouse, 8e de Serie B, a donc amené un peu de piment ainsi qu’une douce pointe de nostalgie dans la tête de ses fans. A vrai dire, comment ne pas être sous le charme ? Le choix de Fabio Bazzani comme entraîneur adjoint atteste cette théorie. Ancien international italien (3 sélections entre 2003 et 2004), Bazzani avait éclaté au grand jour en 2001-2002 sous le maillot biancorosso et sous les ordres de Cosmi. 10 buts en 29 matchs de Serie A pour l’attaquant aux coups de casque monumentaux lors de son unique exercice en Ombrie, mais une trace indélébile laissée dans les archives.

« Prôner des valeurs simples d’appartenance »

Voilà pour la petite larmichette. Place maintenant au présent et cette fin de Serie B 2019-2020. Après « l’année zéro » décrétée par la direction en 2018-2019, le club était reparti d’une feuille blanche ou presque à l’intersaison. L’objectif ? Les playoffs. Au minimum. Visiblement, Massimiliano Santopadre n’a pas eu la patience d’attendre la fin du premier cycle Oddo. Sans grand relief certes mais loin de figurer au rayon des cataclysmes. Pourtant, c’est bien Cosmi qui a débuté 2020 sur le banc… par une défaite en coupe d’Italie, 2-0, ce mardi à Naples. Logique en somme. Priorité au championnat. Preuve aussi que tout Cosmi soit-il, un certain laps de temps est requis pour que sa méthode fasse effet. Malgré sa stature, le stratège ne fait pas exception. Seule certitude, sa détermination sans faille et son amour pour la tunique rouge et blanche : « J’ai reçu une proposition financière mirobolante que je ne pouvais pas refuser (rires) », plaisantait-il lors de sa présentation aux médias, avant de poursuivre : « Sérieusement, jamais je ne me suis dit que j’allais négocier la proposition du club. Dans certains cas, on sait déjà qu’on va dire oui avant même d’avoir réfléchi. Lorsque j’ai été choisi, ç’a été une grande émotion. »

Le coach de 61 ans en profitait aussi pour ressasser les vieilles recettes de son succès d’antan. Louables à souhait et toujours enflammées. « On doit prôner des valeurs simples d’appartenance. Du président, à l’entraîneur, aux joueurs, aux supporters. Savoir pour quoi et pour qui nous jouons. Je veux que les joueurs aient faim, aient de l’ambition. » A l’instar de sa formation du début du siècle alliant des guerriers de la trempe de Tedesco, Vryzas, Di Loreto et des orfèvres tels Liverani, Zé Maria ou Miccoli. Aux partenaires de Pietro Iemmello de se mettre au diapason. Du moins dans les intentions.

Car s’il a beaucoup bourlingué après son premier passage à Pérouse, Serse Cosmi a toujours été encensé pour sa grinta et l’énergie qu’il savait communiquer à un groupe. Interrogé sur le sujet fin 2018, l’ex-Perugino Jamal Alioui confiait ceci : « Cosmi est un showman. Il y a des techniciens bien supérieurs à lui en Italie. Mais c’est un passionné et il connaît ses joueurs et sait se faire aimer. » Plus mentor que véritable tacticien, lui, plus que quiconque, devrait amener ce fameux choc psychologique tant recherché suite à un changement d’entraîneur. Même si l’homme a vieilli, peut-être même s’est-il assagi, ses bonds légendaires en bord de terrain seront scrutés voire salués par la Curva Nord de Renato Curi pour son (second) baptême du feu à domicile, le 27 janvier prochain contre Livourne. Savoureux à n’en pas douter. Le temps de juger sur pièce, son impact réel, arrivera bien assez vite.

Michaël KLAWINSKI.

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