Celeste Bucciarelli : la mamma degli ultras

En lisant ce titre, la curiosité vous démange forcément. Qui est donc cette femme, absolument inconnue au bataillon en France ? Il faut dire que si l’on devait se fier à la culture footballistique de notre pays… Notre champ d’action serait très rapidement restreint. Mais tout ceci est un autre débat ! Revenons-en plutôt à Celeste Bucciarelli. Leader du groupe de supporters féminin Le Fedelissime (Salernitana), à qui elle est à jamais liée, Celeste a fêté ses 80 ans en février dernier. Oui, vous avez bien lu : ses 80 ans (!). L’occasion, pour moi, de vous conter l’histoire de cette femme hors du commun. De la mamma degli ultras.

En Italie, plus précisément dans le sud du pays, le 8 février est toujours une journée particulière pour la tifoseria de l’US Salernitana 1919. Et cette année, ce le fut encore plus. A l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de la veterana del tifo granata – comme les journaux locaux aiment l’appeler – les tifosi se sont mobilisés dans leur ancien stade, le mythique Vestuti, pour lui offrir une fête à la hauteur de sa vie. Dédiée à son club de toujours, la Salernitana. Évidemment haut en banderoles, en chants et surtout, en pyrotechnie.

« È Celeste la mamma degli ultras, la mamma degli ultras, la mamma degli ultras… »

Le club lui-même lui a également rendu hommage, en lui offrant un maillot floqué à son nom et du numéro 80 au dos ! Le Mister Gian Piero Ventura et tout l’effectif étaient d’ailleurs présents pour célébrer l’anniversaire de Celeste. C’est dire l’importance qu’elle revêt dans le panorama salernitano… Sans compter les innombrables messages venus de toute l’Italie. Mais pourquoi diable lui rendre tant d’honneurs? Une remise en contexte s’impose.

Celeste Bucciarelli en excellente… Campanie.
(le jeu de mots est faible, je vous l’accorde)

Pionnière d’un mouvement ultra féminin en Italie

Un centenaire fait d’un coeur granata et de nuances de rose. En effet, au siècle dernier, le 19 juin 1919, naquît la belle Salernitana. Le club basé en Campanie a donc soufflé sa centième bougie l’an dernier, fort d’une glorieuse histoire où Le Fedelissime (littéralement, « les fidèles ») occupent l’une des plus belles places. En 1985, par unique amour de Salerno et de son maillot granata, Celeste Bucciarelli, Giovanna d’Andrea et Maria Cicalese se réunissent et fondent ensemble ce groupe de supporters 100% féminin.

Image old school : les débuts des Fedelissime, en 1985.

C’est tout simplement l’un des premiers en Italie, si ce n’est le premier. Et ce loin des stéréotypes qui voyaient, alors (encore plus en Italie où la vision patriarcale est toujours très forte), le football comme un sport exclusivement réservé aux hommes. Des déplacements à l’extérieur en passant par le Vestuti ou, désormais, l’Arechi, le drapeau et la bannière des Fedelissime, guidés par Celeste, n’ont jamais cessés de flotter dans les tribunes. Pour L’Ora di Cronache, Yvonne Arenella, qui a rejoint le groupe âgé de 18 ans seulement à l’époque, détaille le fonctionnement des Fedelissime.

« Nous devions tous être impliqués dans les activités du club. Notre dimanche était entièrement consacré à la Salernitana (comme toute la semaine, finalement) : tôt le matin, nous devions aller mettre des banderoles au stade et il fallait réfléchir à la façon d’animer la tribune, souvent avec des pompons blancs-grenats et des confettis. Le tifo in rosa existe et est légitimé à Salerno grâce à ceux qui, comme Celeste Bucciarelli, ont été les premiers à franchir les portes de Vestuti… en se faisant insulter, puisque c’était alors inconcevable que des femmes puissent aller voir un match seules. Mais Celeste avait toujours la réponse prête : à Pomigliano d’Arco par exemple, elle et Maria Cicalese sont parties avec le taxi et dès qu’elles en sont descendues, des personnes malveillantes ont voulu une confrontation, demandant où étaient leurs maris. Celeste a répondu franchement que leurs maris étaient au cimetière. »

Yvonne Arenella, membre des Fedelissime, au micro de L’Ora di Cronache.

Mafalda, symbole d’une foi inébranlable

Comme tout bon groupe ultra qui se respecte, Le Fedelissime se définissent avant tout par leur emblème. Particularité notable, il s’agit de la reprise d’un personnage qui n’inspire guère de crainte (à l’inverse de ce qui se fait habituellement) : Mafalda. Série de bande dessinée argentine (du même nom) créée par Quino, qui se caractérise par un humour très subtil, Mafalda est une fillette mature, au fort caractère, possédant une vision critique du monde. De là à y voir un parallèle avec Celeste elle-même, il n’y a qu’un pas…

Passione e tradizione.

Et ce pas, nous le franchissons aisément en évoquant l’étymologie germanique du prénom Mafalda : « math » pour force et « hild » pour combat. Ses propres traits de caractère… Kilomètre après par kilomètre, joie après joie, tristesse après tristesse : c’est toute une vie derrière la Salernitana, faite de hauts et de bas. Mais jamais d’abandon. Celeste n’a pas fait l’histoire ; elle l’est à elle toute seule. Laissons à Francesco Di Pasquale, journaliste pour SalernoSport24, le soin de vous en convaincre.

« Celeste n’abandonne jamais. Que vous gagniez ou vous perdiez, loin de chez vous ou non, au soleil ou sous la pluie, Celeste est toujours là avec la Curva Sud. Elle a pleuré pendant les playouts contre Venezia, l’an dernier, lorsque le penalty de Di Tacchio nous a sauvé. Il y a beaucoup de reconnaissance envers Celeste, même de la part de certains groupes de fans les plus « chauds ». C’est une émotion unique pour nous, malgré notre jeune âge, de voir la passion et la détermination de Celeste qui ne cessent de s’exprimer, même lorsque l’équipe vit des moments horribles. Elle a lancé une sorte de révolution sur le supportérisme à Salerno. »

Francesco Di Pasquale, journaliste pour SalernoSport24.

Et plus que jamais, l’histoire continue…

Si la Salernitana était une femme et devait porter un nom, ce serait sûrement « Celeste ». Du Vestuti à l’Arechi, autour des stades de toute l’Italie, Celeste Bucciarelli n’a jamais lâché le club frappé de l’hippocampe, devenant une véritable icône colorée granata, un exemple pour toutes ces femmes qui ont aimé, aiment, aimeront le football et surtout le maillot des salernitani. Inlassablement, sans jamais céder à quoi ou qui que ce soit, Céleste a vécu et vit sa vie en la partageant entre l’amour et la passion pour ses couleurs. Grâce à cette femme extraordinaire qui, sur la pointe des pieds, a réussi à pénétrer dans le cœur de tout le monde, les mentalités ont évolué positivement. Grâce finalement à la mamma degli ultras, celle qui, pour toujours, veille et veillera sur ses protégé(es), tant sur le terrain que dans les tribunes. Un exemple à suivre, à transmettre, à raconter. 80 fois merci… Celeste Bucciarelli !

Théo Sivazlian.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s