U.S. Grosseto, immersion au coeur d’une saison en rouge et blanc (Episode #1)

Chez SerieBellissima, on ne s’en cache pas, nous aimons le calcio des divisions inférieures. Sa passion, son engagement social et surtout ses belles histoires, dernier bastion d’un football à visage humain dans un sport qui tend à être de plus en plus aseptisé. C’est ainsi que l’idée est née de suivre un club tout au long de la saison en étant quasiment à « l’intérieur » : et quoi de plus romantique et gage de suspense que de suivre un club en plein processus de renaissance, à la recherche de rédemption après des années de purgatoire dans les divisions amateurs : l’US Grosseto 1912. Voici le premier épisode de notre série.

UN PARCOURS TUMULTUEUX

Pourquoi Grosseto ? C’est simple, le club représente tout ce que nous aimons : nous nous sommes reconnus dans l’histoire de ce club qui a connu la joie de la Serie B puis souffert de propriétaires véreux, la faillite et qui cherche maintenant à renaitre grâce à des propriétaires locaux : la famille Ceri dont le président est un ancien ultra du club. 

Si vous vous demandez où situer Grosseto sur une carte, en voici la réponse.

L’histoire de l’US Grosseto, c’est plus ou moins la même histoire que beaucoup de petits clubs de régions. Peu d’argent, quelques belles années sportives surfant sur une bulle inflationniste puis une faillite dû à une mauvaise gestion et un propriétaire lassé de ne pas accéder à son rêve de Serie A. Petit retour en arrière : en 2006, le club remporte la Serie C et accède pour la première fois de son histoire en Serie B.  Après une première saison terminée à une honorable 13ème place, le club investit l’année suivante et termine à une sixième place synonyme de play-off pour la promotion dans l’élite.

Photo de famille pour fêter la montée en Serie B. Saison 2005/2006.

Malheureusement le club échouera en demi-finales contre les voisins du Livorno qui finiront eux par monter en Serie A. Le club ne fera plus jamais mieux et lors de la saison 2012, il termine bon dernier après avoir écopé d’un retrait de 6 points suite au scandale Calcioscommesse. Piero Camilli, le président de l’époque, arrête d’investir et se retire du club en 2015 après des accusations de fraudes. Grosseto repart de la Serie D et disparait totalement l’année suivante. 

C’est à ce moment que la famille Ceri, des natifs de Grosseto et propriétaires d’un petit club amateur de la région : l’Associazone Calcio Roselle, proposent de récupérer Grosseto et de faire renaitre le club avec l’effectif de l’AC Roselle.  La suite est magique : champions d’Eccellenza en 2018 puis de Serie D l’année dernière. Le club retrouve aujourd’hui le premier échelon professionnel : la Serie C. où il évoluera dans le groupe A dont la particularité est le grand nombre de clubs Toscan : la Lucchese, la Pistoiese, la Carrarese et, surtout les retrouvailles, avec Livorno…. Tout est réuni pour continuer à faire grandir le club et à le pérenniser en Serie C : ils obtiennent même l’usufruit du centre d’entrainement des Roselle, l’un des plus grands et modernes de Toscane après celui d’Empoli. Un avantage certain que le club tentera d’exploiter au mieux au quotidien et, bien évidemment, pour attirer les meilleurs joueurs.

Le nouveau centre d’entraînement de Grosseto a été construit en à peine plus d’un an et a coûté trois millions d’euros.

DE LA SERIE D A LA SERIE C : L’EVOLUTION A UN PRIX. 

Qui dit nouveau championnat dit nouvelle stratégie et nouveaux objectifs. Cette saison, les clubs relégués comme Perugia ou Livorno vont immédiatement chercher à remonter, d’autres fraîchement promus comme Palermo tenteront de réussir deux montées consécutives comme Parma il y a quelques années. Pour certains (avec les moyens d’un propriétaire plein aux as, comme Monza depuis l’arrivée de Berlusconi…), cela passe par un gros recrutement de joueurs habitués à cet échelon. Pour d’autres, aux moyens et ambitions plus limités, la stratégie consiste à se transformer en satelitte non officiel des plus gros clubs et c’est comme ça que des hordes de jeunes joueurs débarquent pour des projets sportifs à court terme, limités à une simple saison. Ciro Immobile fût par exemple prêté à Grosseto en 2011 lors de leur avant dernière saison en Serie B. 

Mais pour la famille Ceri, hors de question de changer la stratégie mise en place lors du rachat du club, à savoir : réussir à ancrer le club territorialement en exploitant un maximum le vivier local et surtout ne pas s’endetter. Les propriétaires n’étant ni américains ni chinois, Grosseto devra faire avec des moyens limités et tenter de garder une cohérence économique car comme le président le dit, le Grosseto appartient avant tout à la Serie C. Il faut savoir qu’une saison en Serie C coûte environ 1,5 million d’euros. Quasiment le double du budget d’une saison de Serie D qui se chiffrait entre 600.000 et 700.000 pour Grosseto l’année dernière. Si en plus de cela, vous ajoutez la crise sanitaire, le premier objectif de Grosseto cette saison est de trouver de nouvelles sources de financements… 

La bonne nouvelle c’est qu’une des principales solutions vient directement de la Lega et est surtout en accord avec la politique du club : miser sur les jeunes. En effet, il existe une aide financière de la Lega récompensant financièrement les clubs alignant des jeunes joueurs dans les matchs de championnat et ce afin de favoriser l’éclosion des jeunes talents. Sans rentrer dans les détails, les primes varient selon l’âge du joueur, son club de formation, le nombre d’années passées au club et le nombre de minutes jouées par match. Plus le joueur est jeune, plus l’indemnité est élevée : de 40 euros à plus de 180 euros par minute. Par exemple, l’indemnité pour un jeune de moins de 18 ans formé au club est de l’ordre de 130 euros par minute jouée… et s’il n’est pas en prêt d’un autre club mais issu du centre de formation et présent depuis plus de trois ans : l’indemnité est de 200 euros par minute jouée…. Faites le calcul : c’est très rentable et permet à un club de financer un salaire annuel complet sur seulement quelques matchs. C’’est même surtout le seul moyen de faire vivre une petite équipe sans l’endetter. 

Grosseto possède un grand vivier de jeunes talents locaux.

Mais la grande surprise de cet été et de la recherche de nouveaux investisseurs locaux fût la tentative de rachat du club par un mystérieux groupe du Nord de l’Italie. Trois semaines de tractations qui ont littéralement mis le recrutement sur pause et n’ont finalement débouchées sur rien, faute de garanties de la part de ce mystérieux consortium incapable de fournir la somme suffisante pour rassurer la famille Ceri de laisser le club dans de bonnes mains… Une décision pleine de sagesse tant les mauvais exemples de clubs rachetés puis abandonnés par des investisseurs véreux sont légions. 

LA MAREMMA NON CI APPARTIENE : SIAMO NOI CHE APPARTENIAMO A LEI

Une grande campagne d’abonnements a été lancée pour ancrer le club dans la région et montrer qu’il est possible pour les habitants de suivre une vraie équipe de football à laquelle ils peuvent s’identifier. En effet, la politique du club est de réussir à rassembler et fédérer les habitants autour d’un même projet et d’une identité sportive. Créer une nouvelle génération de jeunes footballeurs et supporters unis derrière le Grifone plutôt qu’hypnotisés par les mirages des clubs de Milan ou de la Juventus. C’est dans cette optique que le club a décidé d’offrir l’abonnement TV à ses supporters pour regarder les matchs du Grosseto tant que la crise sanitaire oblige les stades à être fermés. 

Affiche de la campagne d’abonnement saison 2020/2021.

Et ce ne sont pas de simples paroles. Ce désir de jeunesse et de faire de Grosseto un synonyme de magie pour les jeunes supporters tient à cœur au président Mario Ceri, qui fût même capo des ultras de Grosseto il y a 20 ans et qui préfère assister aux matchs sur la pelouse sous la Curva Nord plutôt qu’en tribune présidentielle. Lorsqu’il entend parler de l’histoire d’un jeune supporter du club habitant la petite île du Giglio en face de Grosseto, qui a envoyé une lettre à babbo natale pour demander un maillot des biancorossi, le président décide de répondre personnellement à l’enfant et ne se contente pas de lui offrir l’uniforme complet du club : mais aussi de l’inviter lui et sa famille à venir assister à un match en tribune d’honneur et de rencontrer les joueurs. Cette histoire n’est pas un cas isolé tant Ceri aime son club et ferait tout pour lui. 

Le président Mario Ceri et son fils assistant ensemble aux rencontres à domicile de Grosseto… sous la Curva Nord.

UNE SAISON POUR GRANDIR ENSEMBLE 

Vous l’aurez donc compris ,c’est pour tout cela que nous avons donc décidés nous aussi de nous abonner pour cette saison et d’officialiser la relation entre SerieBellissima et l’US Grosseto. Nous avons pu rencontrer le directeur général du club Filippo Marra Cutrupi et le directeur de la communication Marco Bigozzi qui sera notre principal interlocuteur et guide pour cette saison. Bien évidemment nous la vivrons à distance mais dès que possible, nous nous rendrons sur place pour vivre une journée de Serie C. 

Nous vous proposons donc de suivre cette saison de Grosseto avec un article mensuel résumant les derniers matchs et, surtout, avec une interview d’un membre du club différent à chaque fois. Nous allons pouvoir discuter de cette saison avec le directeur sportif, les joueurs, le président ou encore les physios. Pour vivre de l’intérieur le quotidien d’un club de Serie C et comprendre la réalité de ce football très éloigné de ce que nous avons l’habitude de voir. Nous espérons que vous serez nombreux à nous suivre, que ce beau projet vous passionnera autant que nous et que nous arriverons à vous donner envie de suivre et participer à un football différent.

Tout commence ce dimanche avec un déplacement compliqué à Piacenza, habitué de la Serie C depuis quelques saisons et souvent bien placé dans les places pour les playoff. Ça sera un vrai premier test pour notre jeune équipe dans un championnat très homogène. Le tout après une intersaison compliquée à cause du rachat avortée ,mais plutôt réussie au final si l’on regarde le recrutement et surtout les résultats des matchs amicaux : une victoire contre Pisa pensionnaire de Serie B et une défaite contre un concurrent direct à la montée, la Vitterbese. Deux matchs où les joueurs ont montrés de belles choses, où ils ont toujours tentés de jouer un football protagoniste et offensif. 

PROSSIMAMENTE…

La prochaine fois, nous parlerons du début de championnat, de l’intégration des recrues et donnerons la parole aux ultras pour comprendre comment ils vivent ce retour en Serie C sans être au stade… Affaire à suivre d’ici un petit mois sur SerieBellissima !

@ElioGusti sur Twitter.

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