U.S. Grosseto, immersion au coeur d’une saison en rouge et blanc (Episode #2)

Nous vous avions laissés, il y a deux mois de cela, sur une présentation générale du club et les raisons qui nous ont poussés à conclure ce partenariat avec l’US Grosseto 1912. Depuis, le COVID est toujours là… et malgré ça, la saison de Serie C est déjà bien entamée : 10 matchs qui auront permis à nos Maremmani de montrer de belles promesses et même d’occuper le haut du classement pendant quelques jours. Retour sur ces premiers mois de compétition et état des lieux d’une équipe aux moyens limités mais qui devrait en surprendre plus d’un cette saison

DE l’ART DE RECRUTER EN SERIE C

Quand on n’a pas de moyens, il faut de bonnes idées et un bon réseau. C’est comme cela que l’on pourrait résumer le mercato en division inférieure. Contrairement à une partie de Football Manager, il n’est pas question de trouver facilement des pépites dans les centres de formations, ou de signer des anciennes gloires Sud-Américaines de plus de 35 ans. Ici, tout est question d’équilibre. Le club ne voulant pas alourdir sa masse salariale inutilement, il cherche surtout des joueurs pouvant intégrer facilement un effectif déjà bien soudé après deux montées successives ; et surtout composé à majorité de joueurs qui n’étaient auparavant que de simples amateurs. C’est en suivant cette politique que le club a refusé plusieurs ex-joueurs expérimentés de Serie B (voir même de A), ou encore certains jeunes présentés comme prometteurs par les médias, afin de préserver l’unité d’un groupe sain et très uni. Le directeur sportif Vincenzo Minguzzi, qui a déjà connu la Serie C avec Rieti l’année dernière, nous explique la stratégie du club : « Le marché des prêts est rendu possible grâce aux relations avec les agents et les clubs de B et A. La crédibilité de Grosseto et son projet de promouvoir de jeunes joueurs rentre aussi en jeu. Les prêts sont évidemment un moyen de valoriser les jeunes des autres et de partager les salaires avec leurs clubs ».

Ce sont donc 20 nouveaux joueurs qui sont arrivés pour compléter l’effectif et doubler les postes. Des prêts de jeunes du Napoli, Venezia, de l’Atalanta, de la Samp ou encore de la Lazio avec le jeune défenseur central international Albanais Kalaj. Concernant les nouvelles recrues les plus importantes, on peut noter : le milieu défensif croate Mario Vrdoljak arrivé gratuitement des voisins de Picerno ou encore Alessandro Sersanti, un jeune milieu de terrain en prêt de la Fiorentina.


UN NOUVEAU SPONSOR

Une promotion, bien que toujours plaisante, peut rapidement se transformer en un enfer pour les plus petits clubs n’ayant pas forcément l’ambition ou les moyens de pousser pour les premières places de championnat. Le premier objectif est donc de faire « bonne figure » en tentant de se sauver de la relégation sans trop souffrir. C’est exactement le cas de Grosseto qui, n’ayant pas les moyens d’un Pro Vercelli, d’un Perugia ou d’un Bari, doit tenter de faire avec les moyens du bord. Comme nous vous l’expliquions dans l’épisode #1, le club, bien que suffisamment solide pour participer à cette saison de Serie C, était encore à la recherche d’investisseurs locaux pour pouvoir envisager sereinement son recrutement et ainsi étoffer son effectif de façon significative mais surtout qualitative. C’est donc dans cette optique qu’après avoir commencé la saison avec un maillot immaculé sans aucune publicité, le club avec l’aide de la municipalité a réussi à convaincre l’entreprise Ecopolis d’être le sponsor principal du club pour le reste du championnat. Ecopolis étant une société de vente de véhicules de nettoyage urbain disposant notamment d’un point de vente de réparation en ville. Un sponsor écologique et surtout local : exactement conforme aux recherches du président.

La présentation du sponsor en grande pompe à l’hôtel de ville.


LE COÛT COVID

Ça ne vous aura sans doute pas échappé en suivant les divisions supérieures, mais la COVID oblige les clubs à effectuer des tests sur ses joueurs avant chaque journée de championnat. Si le coût supplémentaire des tests est en général « facilement » intégré par les clubs ayant des moyens, les « tampone » peuvent souvent être sources de problèmes quand vous devez déjà tenir un budget limité. 

Marco Bigozzi, le directeur de la communication, nous explique très bien les difficultés financières mais aussi logistiques que ces tests imposent : « C’est une année qui est déjà difficile en raison des coûts très élevés inhérents à la Serie C : la fermeture des stades et la situation économique difficile nous ont privés d’autres fonds pour pouvoir maintenir Grosseto en vie dans un championnat très coûteux comme celui de la Lega Pro.  La COVID a également rendu les choses plus difficiles en nous faisant ajouter les coûts hebdomadaires des tests – ce que nous faisons avant chaque match – qui atteignent des dizaines de milliers d’euros par mois que le club doit payer lui-même. Nous espérons que la situation s’améliorera bientôt, d’abord pour la santé des gens, puis pour éviter la disparition de nombreux clubs sportifs qui, pour le moment, ne peuvent pas se permettre des coûts aussi élevés et risquent d’être en difficulté à la fin de la saison ». Un coût supplémentaire qui pèse donc lourd pour les petits clubs… et le manque d’aide des pouvoirs publics commence vraiment à agacer au plus haut lieu. Le directeur général du club Filippo Marra Cutrupi allant même jusqu’à menacer de se retirer du championnat si aucune aide ne venait de la part de la Lega. Déclarant que le club était « à genoux  » suite au changement de règlement de la ligue ne versant plus les aides promises aux clubs alignant des jeunes : « Nous ne pouvons pas tenir nos engagements malgré le fait de jouer avec cinq jeunes joueurs par match. Dans cette perspective, nous risquons de perdre plus de 200 00 euros prévus dans notre budget (…) je n’exclus pas de retirer l’équipe du championnat. Nous nous attendons à ce que les règles avec lesquelles nous avons commencé la saison soient rétablies car sans celles-ci, il sera difficile de continuer… ».

Le directeur général Filippo Marra Cutrupi au micro de Grosseto TV.

LE PARADOXE DE L’EXTERIEUR

Côté terrain, la base de l’équipe reste la même que l’année dernière avec une charnière centrale composée du capitaine Andrea Ciolli et Matteo Gorelli, l’ajout de Vrdoljak en sentinelle et surtout d’un trio d’attaquants :  Filippo Boccardi formé au club, Filippo Moscati et Elia Galligani, véritable leader offensif avec déjà trois buts et deux passes décisives. A noter les belles entrées de Matteo Pedrini, jeune milieu gauche prêté par l’Atalanta et auteur d’un sublime but contre Lecco la semaine dernière. Après 10 journées de championnat, on peut déjà dire que le Grifone aime le spectacle. Les hommes de Lamberto Magrini évoluent dans un 4-3-3 très classique en apparence mais qui peut se transformer en une sorte de 4-3-1-2 cherchant toujours à contrôler le ballon en jouant court et en occupant les espaces avec un Boccardi remplissant souvent un rôle de Trequartista. Avec 4 victoires, 1 nul et 4 défaites, c’est un bilan pour l’instant honorable mais surtout paradoxal : les Biancorossi ont une incapacité chronique à évoluer à leur niveau lorsqu’ils sont à domicile. Toutes les victoires ayant été réalisées à l’extérieur avec 1 seul but pris sur les 8 encaissés depuis le début de la saison et 7 buts inscrits sur les 10…

Le 11 type de Grosseto cette saison.

Il va donc rapidement falloir s’emparer du stade Carlo Zecchini qui semble effrayer les joueurs sans l’appui de leurs supporters. Enfin, pour relativiser, depuis que la Covid a vidé les stades, les victoires à domicile se font de plus en plus rares quelques soit les divisions et les championnats…. Si l’on devait retenir un match pour le moment, c’est ce 0-1 sur le terrain de l’Alessandria le 21 octobre grâce à un but à la 93ème minute de Moscati ! Les fins de matchs à suspens ne sont pas que l’apanage de la Lazio mais aussi de l’US Grosseto, car Boccardi avait déjà obtenu la victoire contre la Pergolettese à la 89ème minute et Galligani avait celé le score du match contre Piacenza à la 91ème minute lors du premier match de la saison.

MÊME DE LOIN, L’AMOUR DES SUPPORTERS RESTE INTACT

Le dernier match contre Lecco le week-end dernier s’est terminé de façon très étrange : alors que le score était de 1-1, un penalty évident pour Grosseto n’a pas été sifflé par l’arbitre… et Lecco marqua ensuite le but de la victoire sur un corner litigieux où Andrea Malgrati, le buteur de Lecco, s’appuie et tire le maillot du défenseur de Grosseto au marquage. L’après-match fut houleux avec de violents échanges entres les grossetani et l’arbitre. À la suite de ces évènements, le président du club Mario Ceri a été suspendu de stade jusqu’en février prochain, l’entraineur Magrini a 3 matchs de suspension et le club condamné à une amende de 10 000 euros.

Bien évidemment, le club tente de se défendre et attaque la neutralité de l’arbitre qui aurait insulté les joueurs du grifone tout au long de la partie, qualifiant Grosseto de « ville de merde ». Poussant le vice-président Simone Ceri à déclarer : « Aujourd’hui, le football a montré qu’il n’était plus un sport crédible. Depuis quelques semaines maintenant, il se passe trop de choses qui ne s’additionnent pas : de la baisse des contributions sur les minutes des sous-joueurs au but annulé à Pontedera, en passant par les penaltys non sifflés, jusqu’au but annulé. Si Grosseto dérange la Lega Pro, ils n’ont qu’à nous le dire et nous nous écarterons. Nous sommes de bonnes personnes et malheureusement, c’est un football où les escroqueries continuent. Ce football est un grand cirque où plus on s’endette, plus on est apprécié : et pour nous donc, être apprécié est impossible. Pour nous, le football est une grande passion et ne sera jamais un moyen de gagner de l’argent. C’est déjà en soi une saison insoutenable : des tests, pas de public et de nombreuses promesses d’aide mais rien de concret en échange. Voir les supporters et leur passion sacrifiée, puis devoir affronter un arbitre qui, après l’erreur commise, a aussi l’impudence et la grossièreté de dire que Grosseto est une ville de m …., qui ne peut pas être en Serie C, c’est inacceptable. Nous sommes des gens humbles et bons, si nous nous retirons, nous devons le faire sur le terrain et non entre les mains de quelques personnes malhonnêtes. Je l’ai déjà dit et je le répète : dans le football, seuls les supporters paient tandis que les vrais criminels sont ligotés et continuent à courir librement. »

Le brassard de capitaine lors du match contre Livorno : littéralement « l’argent et la peur, jamais ».

Des déclarations fortes et pleine de sens surtout quand l’on connait le passé d’ultra du vice-président. Cette sortie a d’ailleurs fait son effet et les supporters – sous l’impulsion de la Curva Nord – ont décidé de lancer une cagnotte afin de réunir la somme nécessaire pour payer l’amende. Ils ont également publié le communiqué suivant : « Quand le nom de notre ville est offensé tout le monde, sportifs ou non, doit se sentir blessé dans son sentiment d’appartenance. Les dirigeants ont répété à plusieurs reprises que l’US Grosseto appartient à tout le monde et nous sommes nombreux à être heureux de cette proximité entre les fans et l’équipe. Donc, étant l’USG (l’US Grosseto ndlr) de toute la ville, le moment est venu de le prouver et d’aider ceux qui ont été injustement condamnés ». L’amour des supporters pour leur équipe n’est jamais à sous-estimer, surtout en Italie. C’est d’autant plus beau sachant que le club se bat avant tout pour rester en Serie C et continuer à exister dans une division difficile et peu médiatisée. Malgré la COVID, il est facile pour un tifoso de la Juve ou de l’Inter de suivre son club même sans aller au stade (surtout pour ceux de la Juve, l’Inter ou la Roma habitués à suivre les matchs depuis leurs salons pékinois). Mais comment font ceux dont matchs rimes avant tout avec tribunes ? Il y a bien la chaîne Eleven Sport qui diffuse (gratuitement depuis le deuxième confinement) l’intégralité des matchs. Mais un long plan large panoramique pendant 90 minutes peut être pénible même pour le tifoso le plus impliqué. Et puis ici, il n’y a pas de faux bruits de stade vous faisant croire que tout est revenu à la normale. Les sons du ballon et des chocs de protèges-tibias résonnent à l’infini en tentant de remplir le vide abyssal des stades… J’ai donc demandé à quelques supporters grossetani comment ils vivaient ce début de saison qui aurait dû être une célébration du retour du football professionnel dans la ville. 

Les tifosi de Grosseto dans le centre avec une banderole commémorant l’inondation du 4 novembre 1966.

Antonio Fiorini, tifoso et journaliste, ayant écrit un livre sur Grosseto, explique : « Le foot sans aller au stade est simplement fou. Je vis mal cette saison, je ne comprends pas le sens du foot sans spectateurs en Serie C . Nous, supporters, ne pouvons faire rien d’autre que rechercher toutes les nouvelles à la télé et dans les journaux, mais ce n’est que palliatif. » Même son de cloche du côté de Francesco Roggiolani : « Pour moi, ne pas pouvoir aller au stade mais seulement suivre à la télévision, en ce moment, c’est comme avoir un verre incassable entre toi et ta femme. Je pense à la façon dont j’aurais pu profiter des victoires à l’extérieur à la 90e minute (déjà 2) et je pense à la façon dont j’aurais été en colère contre le but injustement annulé contre Gorelli à Pontedera. Ne pas pouvoir aller au stade vous prive de toute la saveur et de la passion d’accompagner les joueurs : chanter et rentrer à la maison sans voix, se mouiller quand il pleut, applaudir et crier avec des amis. À l’heure actuelle, la seule alternative est la télévision, mais ce n’est pas la même chose ». Il ajoute sur ce beau début de saison : « Grosseto est un club sain qui se concentre fortement sur le groupe. Après ce bon début, je pense que nous devrions confirmer avec quelques performances pour se sauver au plus vite, ce qui semblait au début très difficile : à chaque match, il y a au moins 6-7 joueurs de Serie D, sans aucune expérience en C. On a 10 joueurs sur 11 qui ont été sur le terrain la saison dernière. Certains viennent même d’Excellenza. Donc je pense que l’objectif est avant tout de se sauver pour se consolider à cet échelon, le reste ce n’est que du bonus ». Ne pas s’enflammer et profiter, c’est exactement dans cet état d’esprit qu’Antonio Fiorini voit le reste de la saison avec une analyse que ne renierait pas Guy Roux : « L’objectif reste le maintien en Serie C, pour le moment. On verra en hiver si l’équipe peut ambitionner a quelque chose en plus ». Un mercato d’hiver que commence justement à travailler le directeur sportif Vincenzo Minguzzi, qui ne cache pas que la situation demeure extrêmement inquiétante à cause du COVID : « Il est encore tôt et la situation du marché est préoccupante. J’ai déjà de nombreuses pistes et je sait quoi faire. Ce sera alors au club et au Mister de faire leurs choix ».

Garder la tête sur les épaules et continuer à avancer humblement malgré les circonstances et certaines décisions étranges. C’est sans doute la meilleure des solutions et la plus saine pour un club comme Grosseto. Après deux défaites consécutives contre la Carrarese et Lecco, les Biancorossi affrontaient Livorno… et quoi de mieux qu’un derby pour se relancer ? Dans un match qui avait un goût particulier pour de nombreux fans – rappelez-vous, c’est Livorno qui avait éliminé Grosseto lors de la demi-finale des playoffs de Serie B en 2009 – nos Biancorossi se sont imposés à la dernière seconde du temps additionnel sur un magnifique contre conclu par Giuseppe Sicurella ! 3 points qui font du bien et qui viennent récompenser un groupe résilient qui aura réussi à contenir les assauts de l’ex pensionnaire de Serie B pour enfin décrocher une première victoire à domicile cette saison ! Prochain rendez vous mercredi après midi (15h) contre les moins de 23 ans de la Juventus.

Forza Grosseto !

@ElioGusti sur Twitter.

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