Venezia, serenissima ?

Septièmes à la trêve, les lagunari réalisent une saison solide. S’ils ont un peu peiné depuis en ne parvenant plus à être aussi solides qu’auparavant, l’équipe dégage une certaine force qui lui permet, cette année, de très bien figurer en championnat. Et donc, de nourrir des ambitions nouvelles. À l’image de son jeune entraîneur, Paolo Zanetti, décontracté mais sérieux, les pensionnaires du Stade Pier-Luigi Penzo semblent bien décidés à se battre dans cette édition si particulière du championnat de Serie B… avec en ligne de mire, a minima, les barrages pour l’accession en Serie A. 

Le 14 décembre dernier, le Venise Football Club fêtait de la plus belle des manières son 113ème anniversaire en s’imposant sur la pelouse de la Reggina (2-1) et en se hissant à la quatrième marche du championnat de Serie B. Nous pouvons le dire : que c’est agréable de revoir le Venezia FC jouer les premiers rôles. Le vainqueur de la Coupe d’Italie 1941, double vainqueur du championnat de deuxième division italienne, est en train de renaître de ses cendres et entrevoit enfin la Serie A… championnat auquel il n’a plus participé depuis la saison 2001/2002. Bien que tout n’ait pas été simple au cours des dernières saisons, le club aujourd’hui entraîné par Paolo Zanetti semble s’offrir une seconde jeunesse. On n’omettra pas, malgré de tout, de dire que la fin de la première partie de saison fut plus poussive puisque Venezia n’avait plus gagné depuis ce match contre la Reggina (4 nuls, 2 défaites). Série négative terminée depuis son succès 1-0 dans le derby contre Cittadella, le 23 janvier dernier. Au-delà du classement et des résultats, c’est la force dégagée par ce collectif très joueur qui plaît. Le football étant ce qu’il est, si la prise de risques peut amener des résultats favorables, elle peut aussi apporter son lot de déconvenues. Et lorsque l’on manque d’efficacité, alors les résultats en pâtissent immédiatement, surtout dans un championnat aussi disputé. Toutefois, pas de quoi ébranler le moral des Vénitiens qui n’étaient pas attendus si haut et qui entendent montrer, week-end après week-end, qu’ils n’ambitionnent pas les playoffs par hasard.

Entre histoire et modernisme

C’est aussi le symbole d’une révolution sur les bords du Canale Grande. Venise souhaite – s’apprête à – faire rénover son stade. À défaut d’investisseurs, le projet du grand stade qui devait voir le jour dans les prochaines années à Tessera – au nord de la ville, à côté de l’aéroport – est au mieux reporté. Si ce déménagement était perçu de manière plutôt positive par les supporters du Venezia FC, il faudra malgré tout attendre encore quelques années pour voir les lagunari évoluer à domicile loin de Venise. Bien que cette rénovation n’en soit pour l’heure qu’au stade de projet, l’accord donné par le maire courant décembre vient appuyer la volonté déjà bien établie des dirigeants du club de continuer à faire grandir un club et une ville qui ne demande que ça. Le quartier de Sant’Elena pourrait même alors être restructuré dans une logique touristique et culturelle, puisque la très célèbre Biennale di Venezia est située à quelques pas seulement du stade Pier-Luigi Penzo. Affaire à suivre donc…

Projection 3D d’un visuel pour savoir à quoi ressemblerait le projet de nouveau stade de Venezia.

Au-delà de l’image de grandeur et d’élégance renvoyée par le club à travers sa communication d’ensemble, autour de la présentation des joueurs par exemple ou d’histoires racontées sur chaque match avec beaucoup de publications sur Venise et sur ses rues sinueuses qui en font une destination si atypique ; il ne fait nul doute aujourd’hui que les dirigeants du VFC souhaitent retrouver l’élite dans un futur proche. Cela passe donc aussi par le renouvellement et le développement de la marque « Venezia » en tant que ville, avant de pouvoir ensuite développer la marque Venezia FC. Joe Tacopina, l’emblématique avocat new-yorkais qui avait un temps présidé la Roma, puis Bologne lors de la remontée du club d’Émilie Romagne en Serie A en 2015 a désormais quitté les commandes du navire vénitien pour s’engager dans une nouvelle opération reconquête avec Catania. Tacopina a cédé la main de Venezia à Duncan L. Niederauer, sorte de fils spirituel puisqu’il s’agit là encore d’un businessman américain, prônant des investissements réfléchis et mesurés… Sans pour autant cacher le grand objectif du club, un retour en Serie A ! 

Ne pas brûler les étapes

Ce faisant, faire monter trop vite Venezia à l’échelon supérieur serait une grande erreur, tant le championnat est serré et les adversaires de qualité. Le Mister Zanetti l’avait d’ailleurs rappelé à la mi-novembre, « le premier objectif : c’est le maintien. Ensuite, on pensera aux playoffs ». Dur d’en vouloir à ce discours prudent lorsque l’on sait que Venezia avait dû batailler jusqu’au bout, la saison dernière, pour obtenir son maintien en Serie B. Le club n’est aussi plus habitué à se frotter aux formations oeuvrant chaque année pour obtenir la montée dans l’élite du football italien.  

Paolo Zanetti est toujours assez actif en bord de terrain.

Nonobstant le pragmatisme de leur mentor, les joueurs de Zanetti dégagent une force et une sérénité qui ne trompe pas. Les deux déplacements à Brescia et Lecce, tout juste relégués de Serie A, étaient d’ailleurs tout près de se solder par de probants succès ; mais les égalisations en fin de rencontre montrent encore que cette jeune équipe, assez inexpérimentée, a du travail à accomplir. Capable de battre les meilleurs formations du championnat (2-0 contre Empoli, actuel leader, au Penzo le 1er novembre dernier), elle peine cependant à forcer le destin, comme on a pu le voir lors des dernières rencontres. Si son caractère, revanchard, permet à Venezia de rester dans le coup, des erreurs de concentration ont coûté de précieux points aux Vénitiens. On pense notamment à la rencontre perdue face à la Salernitana (2-1), que les hommes de Zanetti avaient pourtant maîtrisé de bout en bout dans le jeu. Lorsqu’il avait fallu être efficace, les Sudistes avaient su prendre le dessus et faire la différence. C’est le palier que Venezia doit désormais franchir s’il veut continuer de rêver lors de la seconde partie de la saison : bousculer son équilibre pour marquer plus de buts, tout en conservant cette solide assise défensive. 

L’Homme Forte

Ce collectif repose, en partie, sur des individualités dont le niveau n’est plus à prouver. Francesco Forte, qui a posé ses valises à Venezia en toute fin de mercato l’été dernier en provenance de la Juve Stabia (ancien pensionnaire de Serie B), est l’un des grands artisans du début de saison réussi des arancioneroverde.

Francesco Forte est venu combler un vrai manque à Venezia au poste d’avant-centre.

Auteur de 17 réalisations en 32 rencontres la saison passée (!), Forte confirme ses superbes performances, s’imposant avec brio au sein de l’attaque vénitienne. Avec 10 buts lors des 20 premières rencontres de championnat, Venezia a enfin trouvé son buteur. Il faut ajouter à cela les excellentes prestations d’autres joueurs, comme c’est notamment le cas de l’élégant Mattia Aramu. Premier buteur de la saison contre Vicenza en septembre dernier, il confirme lui aussi sa très bonne adaptation au championnat en entamant merveilleusement bien sa deuxième saison en Vénétie. Il a d’ailleurs récemment prolongé son contrat jusqu’en 2023. Une excellente nouvelle pour le club. Moteur dans le jeu, on en retrouve un autre en la personne de Youssef Maleh. Le néo-international espoir (22 ans) avec la Squadra Azzura est l’un des hommes forts du dispositif des Vénitiens. Mezzala moderne, aussi bien capable de défendre que d’attaquer, il est depuis le début de la saison l’un des hommes ayant permis à ce collectif de briller. La Fiorentina ne s’y est d’ailleurs pas trompée, en le débauchant cet hiver contre la modique somme de 700 000 euros. Un prix dérisoire mais qui permet aux vénitiens de le conserver en prêt pour cette seconde partie de saison. Cet équilibre se traduit, enfin, par la solidité défensive de l’équipe qui a déjà bouclé 9 rencontres (sur 20) avec sa cage inviolée depuis le début de la saison. Soit un taux presque égal à 50%…

Comme on l’évoquait plus tôt, il ne faut pas oublier que la concurrence est de taille cette saison. Il est évident que Venezia ne faisait pas partie des favoris au lancement de cet épisode 2020/2021. De Monza, emmené par Balotelli et KP. Boateng, aux habitués des hautes sphères avec la SPAL, Lecce et Empoli, sans oublier la belle surprise de cette première partie de saison qui est la Salernitana, tout laisse à penser que Venezia aura du mal à se mêler à cette bataille finale pour la montée en Serie A. Mais force est de constater que piano piano, les Leoni Alati commencent à rugir ! Dur de penser qu’ils se priveront en fin de saison de croire en un rêve en apparence inaccessible… à condition, bien sûr, qu’ils parviennent jusqu’au bout à s’en donner les moyens.

Clément Blondeau

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